Correction des épreuves de "Cadavérée"
- jmdevesa
- 14 avr.
- 3 min de lecture
Mon prochain roman sera dans les bonnes librairies de France et de Suisse en date du 4 septembre prochain.
D'ores et déjà, le processus de fabrication du livre a commencé : j'en suis à la correction des épreuves (premier jeu d'épreuves).
Pour vous donnez envie de "guetter" la sortie du livre, c'est avec plaisir que je mets ici en ligne : l'équivalent d'un feuillet tiré du début de l'ouvrage - ce n'est pas l'incipit ;
Une bonne page de Cadavérée :
"Pendant trente ans, sans jamais oublier Myrrha, Dupré a pensé à Spavento, à l’homme et à ses positionnements ; à ce qui s’était détraqué entre Ruben et Salomon ; pendant trente ans, il a cogité à la tragi-comédie qui, après le décès de ces trois-là, avait agité les lettreux et les politiciens, et ceux qui se poussaient du col et du coude, pour coiffer les voisins d’une tête ou d’un cheveu, dans la ruée de tous contre tous pour quelques picaillons et des breloques, une compétition dans laquelle il valait mieux avoir plusieurs bouches des oreilles fines et un don de double-triple-quadruple vue, et s’asseoir sur les principes, et d’abord sur ceux avec lesquels on faisait aux autres la leçon, parce que le sabre dans le dos ou sur la gorge ce n’était pas que métaphorique – dans ces cénacles on ne se fait aucun cadeau, une carrière, c’est combien de caboches et de langues tranchées, et de coups bas ? Pendant trente ans, Dupré s’est bercé du souvenir de ces trois qu’il a tant aimés, malgré leurs mensonges, et les avanies qu’il a ensuite essuyées ; et, durant toutes ces années, il s’est tu en songeant aux dizaines de milliers de cadavres qu’on avait allongés, pour des préséances des titres et des jetons. Pendant trente ans, il a réfléchi à ce qu’il avait vécu avec Myrrha, Salomon et Ruben, entre larmes et vacarme, mais jamais jusqu’à tantôt il n’avait rêvé d’aucun d’entre eux.
Dans ce maelstrom d’atrocités et d’histoires échevelées, Dupré, il ne lui a pas été aisé de discerner une quelconque vérité, faute de cartes d’atlas et de répertoires des écueils à ne pas heurter. Il lui manquait des instruments de navigation fiables, boussole sextant astrolabe, et un pilote lequel devait être un virtuose, ce qui excluait que lui le fût, car non seulement il était un garçon mal dégrossi, un finaud du dimanche, pas du tout un limier, mais en plus cette affaire aucun homme n’était apte à la débrouiller, à moins de s’en remettre à la victime, à Myrrha, cette femme jamais dans le tableau à la gloire de Spavento, qu’on a même accusée, c’était commode dans la distribution de lui attribuer le mauvais rôle, depuis Shakespeare pullulent les petites filles de Desdémone, muselées par la rumeur et les préjugés, des désarmées des mots. Jean-Marie Dupré, qui n’était pas encore romancier, n’avait pas appris comment à partir de son itinéraire inventer des personnages et leurs devenirs, il ne savait pas écrire : il rapportait et discourait. Il aurait été prématuré que dans un livre il explorât l’abysse ayant englouti Myrrha ; pour que son martyre affleurât dans une fiction, la propitiation à laquelle elle avait été soumise avait à métaboliser davantage dans sa mémoire de pékin. Dix ans d’épreuves et de déconvenues lui ont enseigné que les faits, comme les pierres, ne parlaient pas d’eux-mêmes, il faut les inscrire dans un fil narratif et dévoiler par association l’énigme qui les trame."




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