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La Couleur au XVIIIe siècle

  • Photo du rédacteur: jmdevesa
    jmdevesa
  • 24 janv.
  • 3 min de lecture

Un entretien avec Aurélia Gaillard : entre vision colorée et colorisation du monde.


Ma collègue et amie, Aurélia Gaillard, a publié à l'automne dernier un très beau livre consacré à l'invention de la couleur par les Lumières.J'en ai rendu compte une première fois dans Quinzaine(s). Ce jour, la revue en ligne Collatéral publie un entretien qui permet de mieux cerner encore la visée théorique et critique de ma collègue.


Vous le trouverez en suivant ce lien :


En voici le début :


"Jean-Michel Devésa : Nous nous connaissons, nous nous lisons, nous avons exercé dans le même établissement, des manifestations académiques ou littéraires nous ont réunis. Ces dernières années, je n’ignorais que vous vous consacriez à un livre concernant la couleur. Vous venez de le publier, vous l’avez titré L’Invention de la couleur par les Lumières, De Newton à Goethe (Les Belles Lettres, 2024). D’emblée, il m’a semblé qu’il s’agissait d’une somme, d’un livre important, pour vous, bien sûr, c’est un aboutissement, et pour le lectorat, pas seulement pour les spécialistes du XVIIIe siècle, votre ouvrage en effet opère un transfert, vous n’avez pas cherché à concevoir une énième histoire scientifique de la lumière, de sa composition et de sa physique, vous avez voulu élucider comment, à un certain moment de l’Histoire, l’Europe a littéralement « inventé » (et pas du tout « découvert ») les couleurs, colorant de ce fait à la fois la vie intérieure des sujets et le vaste monde dans lesquels ils évoluent. Il en découle que vos analyses concourent à une histoire de la perception des couleurs, ai-je bien cerné vos intentions ?

 

Aurélia Gaillard : Parfaitement (et je n’en doutais pas). Ma thèse repose en effet sur la conviction – étayée par les travaux en épistémologie – qu’on ne voit pas ce qu’on ne connaît pas. On sait par exemple que lors des premières dissections au XVIe siècle, les « observateurs » n’ont pas du tout identifié ne serait-ce que les organes, de la même façon que les anatomistes actuels. Pour prendre un exemple dans mon champ de recherches, les premières opérations de la cataracte qui eurent lieu à la fin des années 1720 montrent que les personnes (en l’occurrence un jeune homme de 14 ans, aveugle-né, opéré par William Cheselden) qui recouvraient la vue – sans l’avoir jamais eue – ne « voyaient » pas : ou plutôt elles n’étaient pas capables de reconnaître le monde qui les entourait, se déplacer aussi aisément que lorsqu’elles étaient aveugles, ce qu’elles voyaient était une surface scintillante, sans relief, sans profondeur et elles ont dû apprendre à distinguer les formes, les reliefs. La vue nécessite une connexion œil-cerveau et la couleur nécessite donc (en plus des causes physiques ou pigmentaires) une opération du cerveau et pas seulement de l’œil pour être appréhendée.

Sur cette base épistémologique, je me suis rendue compte que c’était seulement – je parle uniquement pour l’Occident – au XVIIIe siècle que les conditions étaient réunies pour qu’on voie les couleurs : d’où mon terme d’invention. Voir les couleurs suppose une prise de conscience, une activité de catégorisation du cerveau : bien sûr tout n’arrive pas au XVIIIe siècle comme par magie et bien sûr les peintres notamment avaient une conscience aiguë sans doute des couleurs mais pas à la façon dont nous les percevons, et surtout pas pour toutes et tous. C’est-à-dire que la perception du monde n’était pas d’abord colorée : ce qui change c’est le basculement dans une représentation colorée du monde. On reviendra sans doute sur les conditions qui ont permis cela."




 
 
 

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